« Table ronde » du 9 octobre 2017 « la transition numérique vecteur de développement durable des Savoie » Synthèse par Romain GANDIA

Le club d’entrepreneurs Choisir Savoie s’est donné pour mission, le 9 octobre dernier, d’aborder la thématique stratégique de la transition numérique à l’échelle locale, en questionnant son rôle dans le développement d’un modèle plus durable et prospère pour le territoire des deux Savoie. 

Le débat s’est ouvert avec une conférence de M. Jean Pierre JAMBES (géographe et Maître de conférences à l’Université de Pau, expert des territoires numériques) qui a démontré les enjeux liés au développement d’un modèle numérique plus local, adapté aux spécificités du territoire et aux besoins du collectif en matière de connectivité et service numérique. L’intérêt d’un tel modèle réside alors dans le développement de ressources numériques locales maitrisées (infrastructures technologiques, plateformes numériques, écosystèmes de services et applications numériques, production de données, etc.), véritables sources d’économies et de création de valeur pour le territoire. Il en résulte un modèle local moins dépendant des contraintes inhérentes au modèle traditionnel plus global, davantage sous le contrôle monopolistique des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). 

Cette initiative reste néanmoins un projet d’envergure. La table ronde qui s’en est suivie, ralliant aux côtés de Jean-Pierre JAMBES, M. Loïc HERVÉ (Sénateur de la Haute-Savoie, membre de la CNIL, Président de la CCAM et Maire de Marnaz), M. Lionel TARDY (ancien Député de la Haute-Savoie et désormais entrepreneur dans le numérique) et M. Jean Philippe DEMAËL (entrepreneur, Senior Advisor chez Estin &Co et ancien Président du Directoire de Somfy), a permis d’approfondir les enjeux et finalités d’un tel modèle numérique local, mais également d’identifier les barrières possibles à son développement. 

Au-delà de l’intérêt bénéfique de mutualiser et relocaliser les ressources numériques du territoire pour développer un modèle territorialisé, la finalité principale reste la création de valeur, en adéquation avec les besoins des collectivités et des citoyens. Il s’agit de viser la création d’emplois, d’augmenter l’inclusion sociale, de renforcer la mobilisation citoyenne, d’accroître la dynamique sociale et communautaire, de développer une véritable identité numérique du territoire et bien entendu d’innover en matière de produits et services numériques, notamment en lien avec les grands enjeux contemporains de notre ère, tels que l’écologie, le développement durable et l’énergie. 

Cette vision profitable du modèle numérique local n’est toutefois pas exempte de contraintes, et des barrières à son développement peuvent être identifiées. Parmi les principales,
nous pouvons noter : le manque de connaissance et de maturité de certains acteurs du tissu économique et des pouvoirs publics en matière de culture numérique - les coûts de déploiement
prohibitifs des infrastructures performantes dans les territoires de montagne (type fibre optique) - l’influence encore méconnue des nouvelles innovations de rupture (type blockchain) - l’échec de
certains produits et services numériques par manque d’adéquation avec les besoins fonctionnels réels des utilisateurs - le défaut d’adaptation de certaines entreprises face à la transition numérique
- la tension entre la protection des données privées et les opportunités liées à l’open data. Autant de barrières qui peuvent faire obstacle à la création des conditions favorables (à la fois politiques,
économiques et sociales) pour la mise en place d’un modèle numérique local. 

Il semble toutefois que l’avenir ne soit plus à la réflexion mais à l’action car le territoire des deux Savoie est désormais mature pour aborder cette question cruciale de la transition numérique.

Pour mettre concrètement cette transition en mouvement, il est temps d’approfondir certains points importants.
Tout d’abord, qui sera le ou les précurseurs à l’origine des premières initiatives ?
Quelle structure, instance de gouvernance, collectivité locale, entreprise ou encore acteur de la politique locale sera le premier à faire le premier pas pour poser les bases de ce nouveau modèle numérique
local ?
Le territoire a désormais besoin d’exemples concrets pour passer de la réflexion à l’expérimentation.
Deuxièmement, il semble important d’approfondir la question des barrières.
Des études et analyses mériteraient d’être entreprises afin d’identifier précisément les barrières au développement d’un modèle numérique local, leur intensité et leurs possibles influences à court, moyen et long terme.
En contrepartie, peut-être pour limiter certaines barrières, il serait intéressant d’approfondir le rôle de la formation comme un levier pour la professionnalisation des ressources numériques d’aujourd’hui et de demain.
Enfin, l’une des premières actions à entreprendre réside peut-être dans l’élaboration d’un premier cahier des charges pour poser les bases de ce nouveau modèle numérique à l’échelle locale.


Romain GANDIA
Romain Gandia est Maître de conférences en Management de l'innovation
Responsable Master Management des Technologies de l'Information et de l'Innovation - IAE Savoie Mont Blanc / Laboratoire IREGE
La présente synthèse découle de celle qu’il a présenté à chaud pour clôturer la Table Ronde.
Le, 16 Octobre 2017