Ceux qui ont fait les Savoie
 

Joseph de MAISTRE
est né en 1753, il est mort en 1821.

L’œuvre de Joseph de Maistre qui touche à la littérature, à la philosophie, à la théologie  et à la science politique est importante par son ampleur, huit volumes d’œuvres, six de correspondances dans l’édition des Œuvres complètes, auxquels s’ajoutent plusieurs centaines de rééditions d’œuvres séparées publiées en France ces deux derniers siècles.

Au long du XIXe siècle, les œuvres principales comme les Considérations sur la France, le Principe générateur des constitutions, Du Pape ou les Soirées de Saint-Pétersbourg  ont été lues de Paris à Moscou, de Stockholm à Madrid ou Rome, à l’époque où la langue française rapprochait les élites ; elles sont aujourd’hui traduites dans de nombreuses langues européennes et dans des langues plus lointaines comme le russe, le japonais, et tout récemment le chinois.

Qu’est-ce qui explique cet intérêt renouvelé pour l’œuvre du philosophe savoyard ? La réponse tient sans doute au fait que son œuvre est née du choc de la Révolution française perçue comme l’ aboutissement politique de la philosophie rationaliste des lumières.

Maistre a été sans doute le premier à dire qu’en faisant table rase du passé, la Révolution visait à créer une mystique de la Nation avec, dans le rejet du passé, la création d’un homme nouveau, le citoyen, bras armé d’une nation appelée forcément à devenir belliqueuse, voire xénophobe, ce qui dépassait de loin le simple changement d’institutions politiques. Cette mutation, il l’appelait à juste titre une « nouvelle époque du monde ».

À partir de 1793, Joseph de Maistre entreprend de réfuter dans ses fondements la philosophie des lumières, celle de Locke, de Voltaire, de Rousseau surtout, ici ou là celle de Kant, et à le faire pour la première fois globalement et radicalement.

C’est le Maistre anti-philosophe qui intéresse aujourd’hui nos contemporains, parce que nous vivons l’échec des révolutions qu’elle soit française, russe, chinoise ou d’ailleurs ; que nous vivons l’échec, réel ou mythique, de la philosophie du progrès à l’occidentale et de sa prétention à fonder un ordre universel, juste et pérenne. C’est ce désenchantement, mais également l’effroi devant les expressions et les conséquences du nihilisme contemporain, qui amènent de par le monde de nouveaux lecteurs à Joseph de Maistre, significativement dans les milieux intellectuels. Il intéresse parce que son utopie : la modernité dans le respect de la tradition, nova et vetera,  n’a jamais échoué, elle : les peuples qui sont restés fidèles à leur identité historique se portent mieux que ceux qui ont fait table rase de leur passé. Mais à l’heure de la mondialisation, celle du « village planétaire », cela est-il encore possible ?

Jean-Louis Darcel